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Histoire du cymbalum

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Présentation

Le cymbalum est un instrument cordophone. Il fait partie de la famille des cithares. On retrouve sa trace déjà 3000 ans avant Jésus-Christ dans la région de l’Euphrate. Il est cité au verset 5, chapitre III du livre de Daniel dans la Bible. Variant par la forme et le nombre de cordes, il a été appelé : santour, santouri, Yang Qin, dulcimer, psaltérion, tympanon, cimbalom… Pour se retrouver un peu plus facilement dans toutes ces dénominations on peut généralement classer :

  • les psaltérions dans la catégorie des instruments à cordes pincées
  • les tympanons dans celle des instruments à cordes frappées.

Mais les Italiens ne font aucune différence entre mode de jeu frappé ou pincé et définissent les deux sortes d’instruments sous un seul nom : Saltério. Le cymbalum s’est répandu à travers le monde, en Afghanistan, Allemagne, Amérique, Angleterre, Cachemire, Chine, Europe Centrale, Grèce, Irak, Iran, Turquie…

Présent aux fêtes villageoises, dans les services religieux, au cabaret, à la cour des princes et des rois, à l’opéra…il exerce partout son charme. La traduction en français de certains textes anciens allemands donne pour nom de l’instrument : « royaume des cieux ». Elle désigne ceux qui en jouent par : « citoyen des cieux ».

Grâce aux perfectionnements réalisés par Venczel Jozsef SCHUNDA en 1870 le cymbalum est entré dans les plus grandes salles de concert du monde. A la fin du XIX°siècle le cymbaliste et compositeur hongrois Géza ALLAGA a contribué à sa large expansion. Quelques décennies plus tard, le cymbaliste tzigane Aladar RACZ et le compositeur Igor STRAVINSKY ont été à l’origine de la présence du cymbalum dans la musique contemporaine.

Les fabricants de cymbalums d’aujourd’hui travaillent l’instrument avec un zèle consciencieux. Le cymbalum est très largement enseigné dans tous les pays de l’Europe Centrale dans des classes spéciales, que les élèves peuvent fréquenter dès l’âge de six ans. Ils y sont préparés aux diplômes d’enseignant ou d’interprète. De jeunes instrumentistes reçoivent une formation intense et sérieuse, non seulement dans les conservatoires hongrois, roumains, ukrainiens…, mais également dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Suisse et, ces dernières années, en France, notamment au Conservatoire National de Région de Strasbourg. Il y a tout lieu d’être optimiste quant à l’avenir de cet instrument, qui doit tant à V. J. SCHUNDA.

Le cymbalum a été et est encore servi par des instrumentistes fabuleux, des improvisateurs et des compositeurs, qui ont développé et continuent à créer pour lui, un répertoire très varié. Le cymbalum convient tant aux musiques populaires, tziganes, klezmer ou jazz que classiques et contemporaines. De par sa capacité à magnifier toute mélodie, ses immenses ressources en sons, timbres, rythmes, couleurs, le cymbalum est prêt à participer à l’élaboration des musiques de demain.

Description

Le cymbalum actuel est monté sur quatre pieds. Il est long d’environ 140 cm et large d’environ 80 cm. Il se compose d’une solide caisse de résonance de forme trapézoïdale, dont la profondeur varie entre dix et vint centimètres. Il est pourvu d’environ cent quarante à cent soixante cordes, disposées par groupes de deux, trois, ou quatre. Elles sont fixées, vu leur longueur et leur forte tension, sur un cadre en bois, renforcé de métal. Ces cordes sont identiques aux cordes de piano, en acier, recouvert de laiton. Les chevilles d’accordage sont également analogues à celles du piano. On peut donc se réjouir que le piano, après avoir éclipsé le cymbalum, finit par lui faire profiter de ses acquis. L’accord du cymbalum est complexe et conçu pour obtenir la plus grande tessiture possible

Cordes

Elles furent longtemps en boyau. Au courant du XIV° siècle apparaissent des cordes en métal, ce qui est probablement dû à l’industrie des tapis, qui utilise du fil de fer. Celles employées aujourd’hui sont identiques aux cordes de piano.

Même si dans le répertoire du cymbalum on trouve des œuvres, où les cordes doivent être pincées, le cymbalum se joue principalement avec des baguettes. Les diverses sortes de revêtements de celles-ci donnent des timbres différents et permettent une richesse et une diversité sonore, qui font tout l’attrait de l’instrument.

Baguettes
Baguettes traditionnelles

Les baguettes sont en bois, composées de trois parties : la poignée, la tige et la tête. Ces dernières sont habituellement recourbées à la vapeur, puis, le plus souvent, recouvertes de coton maintenu avec du fil. Mais, selon la sonorité désirée, elles peuvent aussi être utilisées brutes ou garnies de cuir, de métal, de feutre, en couches plus ou moins importantes.
Sur bien des documents anciens on remarque que le cymbaliste tient toujours ce style de baguettes entre l’index et le majeur et contrôle la frappe au moyen du pouce. Le fabriquant de baguettes sculpte d’ailleurs une encoche dans chaque poignée afin que l’index puisse aisément s’y glisser.
A l’exception des Chinois, qui, eux maintiennent leurs fines baguettes de bambou simplement entre le pouce et l’index, beaucoup de cymbalistes dans le monde (Iraniens, Roumains, Suisses, Turcs, Tziganes…) utilisent encore maintenant le type de baguettes décrit ci-dessus.

Baguettes “Racz”

Le cymbaliste Aladar RACZ (1886-1958) a commencé à modifier la forme de ses baguettes dès 1914. Il cherchait le moyen d’éviter les cloques aux doigts que causent les nombreuses heures d’exercices. Il essaya toutes sortes de bois, utilisa même du liège. Un soir, alors qu’il se produisait à Paris, il a failli perdre une de ses baguettes. Eh ! bien Aladar RACZ a fixé des lanières de cuir aux siennes pour les maintenir à ses poignets. Souffrant également de douleurs articulaires il a cherché le moyen de garder une belle sonorité, malgré ses problèmes de santé. Pendant une dizaine d’années il a cherché la meilleure solution pour aboutir à une baguette disposant d’une poignée ronde, qui se prend bien en main et qui a depuis, bien des adeptes.

Les débuts du cymbalum
Bas-relief sumérien

Il est déjà présent 3 000 ans avant Jésus-Christ, dans la région de l’Euphrate, en Chaldée. Une inscription sumérienne le décrit comme un taureau mugissant probablement parce que l’artiste de l’époque en tire une sonorité grave et puissante. Divers textes bibliques évoquent l’ancêtre du cymbalum. Entre autres au chapitre 3 verset 5 du livre de Daniel.

Par les grandes migrations de l’histoire, les invasions, les croisades, les voyages commerciaux, l’instrument supposé d’origine assyrienne et hébraïque, variant par la forme, le nombre de cordes et jusqu’au nom, se répand dans le monde. Il devient santour (du fârsi : san = cent et tûr = cordes) en Iran, Irak, Inde, Afghanistan, Cachemire et en Turquie, santouri en Grèce. On le trouve jusqu’en Inde, en Chine et en Indochine, où il est accordé selon le système pentatonique et porte le nom de Yang-Qin, ce qui se traduit par « d’Outre Mer».

Son introduction en Europe

Selon la cymbaliste Tünde BALBASTRE, l’instrument, dénommé psalmos ou psaltérion, serait déjà arrivé en Europe dès les premiers siècles de la chrétienté par les compagnons des apôtres venus évangéliser. Tünde Balbastre est également de l’avis que les Hongrois connaissaient déjà le précurseur du cymbalum, bien avant leur arrivée dans le bassin des Carpates, au IX°siècle.

On peut cependant retenir des dates décisives, quant à son destin occidental :

  • Le 19 juillet 711, les Arabes sont victorieux sur les Visigoths en Espagne. Le monde musulman et sa culture prennent place en Espagne. Dès lors, en Europe de l’Ouest, l’instrument figure sur les documents du Moyen Age. Il est généralement représenté placé sur les genoux ou sur une table.
  • En 1453 les Ottomans prennent Constantinople puis continuent de batailler pour avancer toujours plus vers le soleil couchant. Le 28 août 1526, Soliman le Magnifique écrase l’armée hongroise à Mohacs. A partir de cet événement la présence du cymbalum est attestée dans la partie Est de l’Europe.

Au Moyen Age, à la Renaissance, son accordage était toujours diatonique, tout comme celui de la plupart des autres instruments. Les musiciens itinérants l’attachaient autour de leur cou à l’aide d’une courroie, comme ils le font encore aujourd’hui en Roumanie. Sur les enluminures, fresques, tapisseries, les adeptes du cymbalum d’antan sont représentés jouant sur ses cordes avec des plumes, les pinçant ou bien encore les frappant de petits maillets.

Généralement les instruments, qui précèdent le cymbalum d’aujourd’hui, se nomment, entre le XIV° et le XVII° siècle, « psaltérion» à l’Est de l’Europe, « dulcimer » en Angleterre, sans oublier : « Hackbrett» en Autriche, Suisse, Allemagne. Au cours de ces quatre siècles là, on utilise toujours des cordes en boyau aux sons très doux. Au XVIII° siècle, le «tympanon» est petit à petit doté de cordes métalliques. Leur usage a sans doute été inspiré par l’introduction de fils métalliques dans l’industrie des textiles. Devenu plus lourd, le tympanon est posé sur une table et frappé avec de fines baguettes de bois. Ses cordes, groupées par deux ou trois, accordées à l’unisson, sont divisées en plusieurs segments par des chevalets.

Psaltérion

Dans son récent ouvrage « le grand cymbalum de concert » paru aux éditions européennes de l’avant mur en 2001, le facteur de pianos et de cymbalums, Arnaud PATIN note, page dix, quelques-unes parmi les plus anciennes mentions du terme ‘’cymbalum’’ attribué à un instrument à cordes. Retenons simplement deux des exemples qu’il cite page dix : la désignation « cimbalom » apparaissant au XV°siècle dans la traduction de la bible du codex de Bécsi et l’appellation « cymbala » figurant dans un vieux texte de la bibliothèque du monastère de Prémontrés de Strahov à Prague. Les Tchèques l’appellent : cimbalom, les Roumains : tambal, les Russes : cimbaly.

Certains instruments anciens, italiens, allemands, témoignent du soin que leurs facteurs professionnels ont pris pour les réaliser. Ils sont si beaux, si ouvragés ! Ils avaient une place d’honneur dans les demeures princières. Cependant, du fait des faibles ressources de la majorité de ceux qui le faisaient alors chanter, l’instrument était le plus souvent fabriqué par le musicien lui-même, ce qui explique la diversité de sa forme, de ses dimensions, de son accord et de son étendue. Il y a juste deux constantes :

  • la forme trapézoïdale
  • le fait que le châssis est bien plus léger qu’aujourd’hui, où il est renforcé de métal

On peut trouver encore d’autres indications sur Wikipedia.

Son parcours européen du Baroque à 1870

Au Baroque un cymbaliste virtuose et facteur d’instrument a un grand impact sur la destinée de l’instrument. Lors de son baptême le 29 novembre 1668 à Kleinheringen en Allemagne celui qui deviendra un cymbaliste fameux est inscrit sous : Pantaleon HEBESTREIT. Plus tard, on trouve son prénom écrit Pantaleon, Pantalon ou Pantelon.

Pantaleon HEBENSTREIT contribue largement tant à l’évolution du futur cymbalum qu’à le faire connaître et apprécier. Le Roi Soleil, qui le reçoit à Versailles, est tellement enthousiasmé par le jeu du virtuose, qu’il décrète que désormais son instrument sera appelé : un « Pantaleon ». Deux ans plus tard HEBENSTREIT a un succès tout aussi triomphal à la cour d’Autriche. Selon les descriptions de l’époque, « le Pantaleon » a deux caisses de résonances, près de deux cent cordes en boyau comme en métal, dont certaines vibrant par sympathie, ce qui devait lui donner une grande amplitude de son. Il mesure un mètre quatre-vingt quinze à sa partie la plus large.

Pantaleon HEBENSTREIT, non seulement « pantaloniste », mais aussi violoniste, compositeur, improvisateur talentueux, se distingue également en tant qu’excellent pédagogue. Il a beaucoup d’élèves désireux d’apprendre l’instrument alors en vogue : « le Pantaleon ». Parmi les plus doués retenons : Georg GEBEL, Johann Christoph RICHTER,  Christlieb Siegmund BINDER et Georg NOËLLI, qui sont aussi compositeurs. HEBENSTREIT éveille un véritable engouement pour le cymbalum à la cour impériale d’Autriche, si bien que les commandes aux compositeurs viennois de cette époque précisent que leurs œuvres doivent obligatoirement comprendre des parties de salterio-cymbal-pantaleon. Autour de 1725, FUX, CALDARA, REUTTER écrivent de la musique sérieuse, sacrée et théâtrale avec pour interprète exclusif au cymbalum : HELLMANN, un élève de HEBENSTREIT.

Renouveau du cymbalum

Très certainement bien des facteurs anonymes ont œuvré à l’amélioration de l’instrument. Mais c’est aux environs de 1870 que le cymbalum actuel est définitivement conçu à Budapest par Venczel Jozsef SCHUNDA, d’origine tchèque. Dès la première exposition universelle de Paris de 1874, il le fait découvrir au monde entier. En 1906 le dix millième cymbalum sort de sa fabrique et on en trouve quatre-vingt-deux en France! Il est certain qu’avant que ne tombe le rideau de fer après la dernière guerre mondiale, les échanges culturels entre la France et les pays de l’Est étaient plus intenses. Il faut espérer que la nouvelle ère d’une Europe, élargie aux pays de l’Est, va permettre de bénéfiques partages.

La tradition rapporte que ce serait sous l’impulsion de Franz LISZT, alors président de la toute nouvelle Académie de Musique de Pest, que Venczel Jozsef SCHUNDA a grandement amélioré le ‘’zimbala’’.

Le document ci-dessus présente Franz LISZT, le bras gauche appuyé sur l’instrument. Juste derrière lui, le concepteur de l’instrument : Venczel Jozsef SCHUNDA. Au centre, baguettes aux mains : le cymbaliste tzigane Pal PINTER (1848-1916).

Pal PINTER enseignait la pratique instrumentale aux enfants de l’archiduc FRANÇOIS JOSEPH à la Cour duquel n’étaient admis, selon le musicologue Alain ANTONIETTO, que des musiciens possédant la langue tzigane ! Pal PINTER était connu pour jouer avec une grande maîtrise BEETHOVEN et SCHUBERT. Le cymbaliste Pal PINTER eut aussi l’honneur de jouer devant le tsar en 1886. A l’extrême droite se tient le cymbaliste hongrois Sandor ERKEL. Devant lui, son frère, le célèbre compositeur, pianiste et chef d’orchestre hongrois : Ferenc ERKEL

Le cymbalum de V.J.SCHUNDA ( 1845 Dubec – 1923 Budapest) est assez abouti pour n’avoir subi aucun changement majeur depuis. Au milieu du XX°siècle, Lajos BOHAC, qui a pris la succession de V.J. SCHUNDA, lui a ajouté quelques notes aiguës et graves. Les cymbalums portent des chiffres, selon lesquels les luthiers avertis peuvent précisément retrouver l’époque de leur conception. Le cymbalum est devenu un instrument suffisamment performant pour qu’une véritable école de jeu cymbalistique et un répertoire spécifique s’y attachent.

Depuis Venczel Jozsef SCHUNDA le cymbalum est également doté d’une lyre et muni d’une pédale à étouffoirs, élément primordial, qui manquait au « Pantaleon » de Pantaleon HEBESTREIT. Le cymbalum actuel diffère de celui d’avant 1870 par plusieurs éléments : les dimensions, la construction, le registre et le timbre.

C’est Zoltan KODALY qui a inventé l’expression : ‘’cymbalum hungarese’’ (cymbalum hongrois). Elle a figuré pour la première fois en 1926 sur le programme de son opéra Hary Janos et, depuis, est entrée dans l’usage courant.

Les nouvelles possibilités du cymbalum

Certes Antonio VIVALDI, Christoph Willibald GLUCK, Léopold MOZART… ont composé pour l’ancêtre du cymbalum d’aujourd’hui. Certes le cymbalum a été joué avec grand succès à la cour de Louis XIV à Versailles. Mais il se contenterait probablement d’animer des fêtes populaires comme il le fait encore actuellement dans les pays alpins et balkaniques, si, en 1870, le facteur Venczel Jozsef SCHUNDA ne l’avait pourvu des éléments nécessaires pour devenir l’instrument, qui sonne désormais dans les plus grandes salles de concert du monde.

Enthousiasmé par le cymbalum de V.J.SCHUNDA, le cymbaliste et compositeur hongrois Géza ALLAGA a donné, à la fin du XIX° siècle, les bases de son enseignement et contribué à sa large expansion. Ainsi du Romantisme à nos jours le cymbalum a été servi par des instrumentistes fabuleux, qui ont développé un répertoire très varié grâce à des compositeurs, qui ont su exploiter les saveurs du cymbalum. Les uns, (Franz LISZT, Zoltan KODALY…) l’ont choisi pour teinter leurs œuvres de couleurs folkloriques. Les autres, succédant à Igor STRAVINSKY, l’ont utilisé comme n’importe quel instrument de l’orchestre.

Son rayonnement actuel

Actuellement, c’est surtout dans les pays de l’Est de l’Europe que des facteurs de cymbalums cherchent inlassablement à améliorer l’instrument, à le rendre plus facilement transportable, à faire progresser sa sonorité. Il y a aussi des constructeurs de cymbalums ailleurs dans le monde, comme aux Etats-Unis par exemple, du fait de l’émigration juive et tzigane.

En France, après des années de recherches et un louable souci d’amplitude et de justesse sonore, le facteur d’instruments, Arnaud PATIN, a présenté, en 1993, à Musicora, un grand cymbalum de concert. Il a, depuis, émigré aux Etats-Unis.

Même si certains cantonneraient le cymbalum dans la musique austro-hongroise ou penseraient ne le trouver qu’en cabaret, il est également à l’honneur en d’autres lieux et répertoires. Non seulement le cymbalum a un riche passé mais il intéresse des compositeurs d’aujourd’hui.

« Continuer dans une seule et même voie, c’est aller à reculons » écrit Igor STRAVINSKY dans son livre ‘’Conversations’’. Ce n’est très certainement pas ce que fait le cymbalum. S’il sert toujours le répertoire tzigane, il musarde aussi dans le jazz, et séduit les compositeurs actuels. Le cymbalum convient aux musiques classiques et avance sans hésitations sur les voies nouvelles de la musique actuelle.

Une ancienne histoire d’amour

En ce qui concerne les musiciens tziganes, il y a ceux, qui, comme Franz LISZT, Jacques OFFENBACH, Léo DELIBES, Claude DEBUSSY, Erik SATIE, Maurice RAVEL, Jules MASSENET, Yehudi MENUHIN, Pablo CASALS…s’enthousiasment sans retenue pour leur talent. Il y les autres, qui ne leur reconnaissent aucun apport musical propre, estiment qu’ils jouent faux, sont incultes et méprisables. Les tziganes pratiquent couramment la variation sur un thème existant et y excellent. La plupart des compositeurs non-tziganes cherchent également leur inspiration dans les musiques populaires pour en faire quelque chose qui leur est propre. Par exemple les « Volkslieder » de BRAHMS, simplement écrits pour piano, n’ont plus rien à voir avec le matériau brut, dont il s’est pourtant servi, et ils lui sont, à juste raison d’ailleurs, reconnus comme personnels. Les tziganes, musiciens et compositeurs, procédant de la même façon, sont, eux, décriés.

Illustration au crayon d’un ensemble tzigane

Dès sa tendre enfance LISZT a écouté les musiciens tziganes de village. Plus tard il a assisté aux concerts de virtuoses tziganes prodigieux, notamment à celui d’un cymbaliste de grande renommée : Simon BANYAK, qui reçut de l’Impératrice Marie-Thérèse, épouse de François Ier d’Autriche, un instrument entièrement fait de cristal. Séduit par la manière de jouer des tziganes, LISZT a voulu mettre les couleurs et la virtuosité des tziganes dans ses œuvres écrites comme dans ses improvisations. Il écrivit: « C’est le violon et la zimbala (cymbalum) qui constituent le principal intérêt de l’orchestre bohémien, le reste des instruments ne servant d’ordinaire qu’à doubler l’harmonie, à soutenir le rythme et à former l’accompagnement.».

En 1859, LISZT a publié, en France, aux éditions Bourdillat ‘’Des bohémiens et de leur musique’’. Cet écrit révèle son immense estime pour les musiciens tziganes. Il atteste également que LISZT s’est bien documenté sur l’histoire musicale de la Hongrie. Il ne se prive pas de signaler les faiblesses, qu’il a relevées chez certains tziganes. Par exemple, page 177 il a écrit : « Nous ne découvrîmes chez les Bohémiens de Hongrie aucun indice d’une musique vocale digne de fixer l’attention ». Mais comme il osa considérer les musiciens tziganes non seulement en interprètes, mais aussi en créateurs, il ne manque pas de contestataires : Béla BARTOK, Zoltan KODALY et bien des musicologues, notamment dans les années 1970.

On peut lire un texte du musicologue Sárosi BALINT à ce sujet sur le site Web BALVAL.

Dans son livre “Les tsiganes de Hongrie“, paru chez Actes Sud en 2001, l’ethnologue et chercheur au CNRS aussi journaliste de la revue « études tsiganes », Patrick WILLIAMS, s’émerveille quant à lui de la justesse d’appréciation de LISZT.

Si l’on connaît un peu les tziganes, leurs parcours géographiques et historiques divers, force est de constater que LISZT avait une perception claire de tous leurs clans, distinguant bien les musiques des uns et des autres. Il coule de source qu’on ne peut estimer de la même manière les pratiques musicales des tziganes esclaves ou descendants d’esclaves contraints aux plus dures corvées physiques (attelés, torses nus, hommes et femmes aux charrues, comme des bêtes) et celles de ceux qui, en d’autres circonstances, quoique aussi la propriété de châteaux ou monastères, ont été encouragés à se consacrer à leur art, considérés et acceptés à la cour des princes et dans le cercle des notables. Sandor PETÖFI, chantre de l’insurrection hongroise de 1848, où il fut tué à vingt-six ans (et dont les vers furent mis en musique par des tziganes), dénonçait ardemment le servage des tziganes, notamment dans ce court passage : « Ici un vieux Tsigane qu’on bat : on a d’ailleurs un banc pour cela ». La copie ci-dessous est assez éloquente pour se passer de commentaires.

Traduction du texte de l’affiche ci-dessus : A VENDRE Un premier lot d’esclaves ESCLAVES TZIGANES dans la ville de Amiada par le ministère de Maître Elias le 8 mai 1852 il se compose de 18 adultes 10 hommes, 7 femmes, 3 enfants “en excellentes conditions”

LISZT composa les œuvres suivantes pour cymbalum:
‘’Rapsodie hongroise N°3’’ , ‘’la Bataille des Huns’’, ‘’poème symphonique’’(1862), ’’Hungarischer Sturmmarsch’’(1875)>
Ces œuvres classiques pour cymbalum, comme celles écrites par d’autres à son époque, gardent encore une teinte populaire. Il va falloir une rencontre historique entre un virtuose hongrois TZIGANE, Aladar RACS et Igor STRAVINSKY pour que le cymbalum pénètre la musique, dite sérieuse, moderne.

Rencontre RACZ – STRAVINSKY

En effet, le cymbalum et les tziganes sont si intimement liés, qu’il semble évident que ce soit un cymbaliste tzigane, qui ait influé son destin actuel. Le cymbaliste tzigane Aladar RACZ est très certainement à l’origine de la glorieuse présence du cymbalum dans la musique, qu’on appelle contemporaine depuis déjà pas mal de décades.

Un soir de 1915, le chef d’orchestre ANSERMET en attendant son train, eut l’idée d’entrer dans le petit cabaret Maxim de Genève, où, à cette époque, jouait Aladar. Ébloui, il décida d’y emmener Igor STRAVINSKY dès le lendemain soir. Là, ANSERMET et STRAVINSKY demandèrent à Aladar RACZ de leur jouer un solo. Aladar RACZ répondit qu’il y avait vraiment trop de bruit dans l’établissement. Avec l’aide du directeur ils obtinrent le silence et Aladar RACZ s’exécuta en jouant un « kolo » serbe.

Laissons Aladar RACZ raconter lui-même la suite :

« Alors le compagnon d’ANSERMET se précipita devant le cymbalum. Il portait un monocle, une cravate rouge, un gilet vert et s’agitait à l’étroit dans son veston. C’était Igor STRAVINSKY. Il luttait avec sa manche pour essayer d’en faire sortir la manchette sur laquelle il voulait noter la musique qu’il entendait. Moi, en jeune-homme un peu trop sûr de lui, je le mesurais des pieds à la tête en pensant : « Tu ne pourras pas noter ce que je joue ! » Et, en effet, il ne tarda pas à cesser de prendre des notes. C’est ainsi que je fis la connaissance de STRAVINSKY.

Plus tard nous achetâmes ensemble un cymbalum. STRAVINSKY devint littéralement amoureux de cet instrument. Nous réparâmes ensemble le cymbalum, qui était en mauvais état. C’est STRAVINSKY qui fit lui-même la colle, qui nettoya les cordes rouillées. Il prit quelques leçons de cymbalum avec moi et peu de temps après me fit la surprise de me montrer une nouvelle composition, une œuvre pour onze instruments, le Ragtime, dans laquelle le cymbalum a une partie importante.

L’épisode ci-dessus, raconté par Aladar RACZ, a été inséré par son épouse, Madame Yvonne RACZ-BARBLAN dans ‘’Les Feuilles Musicales de Lausanne’’ parues dans la revue de mars-avril 1962. Copie de son article, a été généreusement transmise par le cymbaliste lyonnais Sébastien BANZ Ce dernier a lui-même écrit une rubrique concernant le cymbalum dans le même journal suisse, un demi-siècle plus tard.

Les précisions que, dans son reportage l’épouse d’Aladar RACZ rajoute aux propos de son époux concernant Igor STRAVINSKY sont significatives. Elles témoignent bien de ce goût du compositeur du XX° siècle, à chercher de nouvelles sonorités, à exploiter des ressources jusque là insoupçonnées des instruments.

Ainsi, dans le même article de ‘’Les feuilles musicales de Lausanne’’ Madame Yvonne RACZ- BARBLAN saisit l’action d’Igor STRAVINSKY sur le vif. Elle rapporte que lorsque Igor STRAVINSKY et Aladar RACZ se sont trouvés chez le vieux tzigane, qui leur vendait son cymbalum, STRAVINSKY chercha tout de suite de nouveaux sons sur l’instrument en frappant les cordes en dehors du chevalet. Le vendeur se précipita, lui prit les baguettes des mains en lui expliquant la bonne manière de faire, ne pouvant se douter, que STRAVINSKY recherchait justement à reproduire des sons inaccoutumés.

Guy BARBLAN, le neveu par alliance d’Aladar RACZ, a relevé dans un courrier de STRAVINSKY adressé à RACZ, ce fondateur du répertoire du cymbalum au XX° siècle, ce court extrait :
« … Ce merveilleux instrument, ainsi que votre admirable jeu, m’ont donné l’idée de composer pour celui-ci des pièces plus ou moins importantes… »

Rencontre RACZ – KODALY

Le cymbaliste Aladar RACZ a joué « Hary Janos » de Zoltan KODALY. On peut lire à ce sujet dans l’article de Frank Martin paru dans la Tribune de Genève du 24 décembre 1929 ce qui suit :

« Ajoutons qu’une bonne partie du succès de cette oeuvre était due à M. Aladar RACZ, qui l’a animée des rythmes et des sonorités mordantes de son cymbalum. Il a joué sa partie en grand artiste et en vrai Hongrois qui ne s’attache pas à la lettre. Il a improvisé avec une virtuosité étourdissante et un sens musical merveilleux des ornements, des rythmes et des cadences dont la partie écrite ne constituait que le schéma. Et l’on songe, en l’écoutant, à ce que devait avoir de fraîcheur et de vie la musique des maîtres du XVIIème siècle jouée avec une liberté analogue et cette sûreté dans l’improvisation. »

Dans la Gazette de Lausanne du 6 novembre 1930, Charles KOELLA écrivait, toujours à propos du jeu d’Aladar RACZ dans « Hary Janos » de Zoltan KODALY :

« … Ici intervient le héros de la soirée. Dès son apparition, Aladar RACZ est accueilli par une tempête d’applaudissements. Le public, bien avisé, honore ainsi chez cet artiste exceptionnel non seulement le virtuose de la plus phénoménale maîtrise, mais l’homme affable, affectueux, généreux, l’homme simple, modeste et d’un désintéressement antique, ne vivant que pour la musique et son instrument chéri, et tellement plein d’amour qu’il déborde de son visage inspiré et de ses gestes innocemment glorieux sur sa table d’harmonie, son jeu, sa musique et jusque sur son auditoire. Sur tous ceux qu’il aime et qui le lui rendent bien, et ceux-ci sont légion. »

Les deux articles ci-dessus ont été mentionnés par Madame Yvonne RACZ-BARBLAN, l’épouse du fameux cymbaliste, dans la revue musicale de Suisse Romande : “Les Feuilles Musicales de Lausanne” parues en mars-avril 1962. Ils ont été communiqués à Cyril DUPUY par le cymbaliste Sébastien BANZ. Ce périodique suisse d’expression française se consacre entièrement à la musique classique et à la musicologie.

Histoire du cymbalum asiatique

Le cymbalum occidental est importé par les missionnaires en Chine il y a plusieurs siècles. A l’époque le cymbalum n’était pas encore muni de pédale.

L’instrument s’est incroyablement adapté à la musique chinoise au point que nous ne réalisons pas en Occident que bon nombre d’airs chinois, que nous connaissons, sont interprétés au cymbalum. Son implication est telle en Chine, qu’il y a dans chaque grand orchestre chinois un cymbalum et un cymbaliste, comme en Occident il y a un pianiste.

Description du cymbalum asiatique

L’instrument a peu évolué depuis son arrivée en Chine, mais de plus en plus de yangqin sont équipés de pédale. Les baguettes dont on se sert pour en jouer sont en fine lamelles de bambou dont l’extrémitée est maintenant recouverte de silicone.
Il n’a pas connu l’évolution du cymbalum occidental, qui, lui est devenu plus grand de taille et puissant de sonorité.

Rayonnement du cymbalum asiatique

En octobre 2005, Le congrès mondial du cymbalum s’est tenu à Beijing en CHINE.
Toute information à ce sujet peut se trouver sur le site Web The World Cimbalom Association
Le cymbalum chinois bénéficie de compositions contemporaines chinoises et a bon nombre d’interprètes dans des formations nouvelles.

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